Et c'est bien là le problème. Je tiens à lui mais je ne l'aime pas.
Cette idée m'a frappée un matin de novembre alors que je prenais un bain. J'étais tranquillement en train de me prélasser, les yeux fermés tout en pensant à un tas de choses lorsque cette affirmation s'est imposée à mon esprit aussi naturellement qu'un et un font deux. Frank est parfait oui, mais pas fait pour moi.
C'est ce que je lui ai expliqué ce matin, dans le café de Florian Fortarôme où je lui avais donné rendez-vous. On ne peut pas dire que ce fut un moment très agréable mais à présent, je me sens presque soulagée de l'avoir fait. Non, décidément, Frank n'était pas pour moi...C'est sur cette pensée que je pénètre dans l'appartement d'Harry et de Ginny en cette fin de matinée. Ils m'ont invités à déjeuner et Ron devrait nous rejoindre.
Ron. Il est partit il y a deux mois pour une mission. Je n'aurais jamais cru qu'il finirait auror. C'est drôle mais je l'imaginais joueur de quidditch professionnel ou bien travaillant dans un bureau au Ministère. Je n'ai jamais douté de son courage mais de là à ce qu'il devienne l'un des meilleurs aurors britanniques...Il a toujours su me surprendre ! Il est donc partit deux mois en mission, seul. J'ai pas mal angoissé à cette idée. C'est d'ailleurs à cela que je songeais dans mon bain. J'avoue que c'est au moment où j'ai réalisé que je pensais plus souvent à Ron partit en mission qu'à mon fiancé installé dans la pièce à côté à quelques mètres de moi, que je me suis dit qu'il y avait peut-être un problème avec Frank. Et avec Ron aussi d'ailleurs, par la même occasion. Mais ça, j'y réfléchirai plus tard...comme toujours.
En attendant, je salue Harry, Ginny et Neville qui est lui aussi présent, heureuse de les voir.
Harry m'invite à m'asseoir et je prends place dans le fauteuil près de celui de Neville. La conversation s'oriente tout naturellement sur le retour de Ron. C'était la première fois qu'il partait tout seul pour une mission aussi longue.
- ...En tout cas j'espère qu'il n'aura pas pris goût pour ce genre de missions. Lança Ginny. Ma mère était dans tout ses états ces dernières semaines à l'idée qu'il puisse être seul !
- Je pense que ça lui a fait du bien. Dit Harry en me tendant un verre d'hydromel.
J'acquiesce en silence. Je n'avais pas beaucoup vu Ron avant son départ mais il m'avait parut distant, presque triste. J'avais voulu en parler avec lui mais il avait éluder ma question par une plaisanterie puis Franck était arrivé et nous avions cessé de discuter. Ron était partit quelques minutes plus tard, prétextant un rapport qu'il devait terminer d'urgence au Ministère. Ca m'avait beaucoup étonnée car il était de notoriété publique que Ron ne rendait jamais ses rapports en temps voulu pour le grand désespoir de Kingsley Schakelbolt, chef des aurors qui n'osait trop rien dire de peur de perdre l'un de ses meilleurs éléments.
- Tu as raison. Dis-je. Il n'avait pas l'air d'aller très bien.
- C'est pour cela que c'est bien pour lui qu'il se soit éloigné de toi un moment...
- Neville ! Jette Ginny.
- Bah quoi ? C'est vrai !
Neville tourne la tête vers Harry pour qu'il appuie ses paroles mais celui-ci roule des yeux.
- Quoi ? Tu...Elle ne le sait pas ?
Un silence gêné suit les paroles de Neville tandis que je réalise doucement ce qu'elles impliquent.
- Qu'est-ce que...Qu'est-ce que tu viens de dire ?
Neville rougit furieusement et lance un regard paniqué à Ginny et Harry qui baissent les yeux.
- Rien...J'ai rien dit du tout, oublie ça.
- Non, j'aimerais que tu m'explique, Neville.
- Je...Je...
Je croise les bras et prends l'air sévère que je réserve d'habitude à Ron. Ca fonctionne à merveille : Neville n'a pas l'expérience de Ron dans ce domaine et semble plutôt intimidé.
- Tu m'expliques ?
- Bah...C'est à dire que Ron a comme qui dirait le béguin pour toi depuis un moment.
Les paroles de Neville m'atteignent directement au c½ur. Ron et moi avons toujours été attiré l'un l'autre. Nous savions qu'un jour, nous finirions par nous l'avouer. Mais la guerre d'abord puis la vie ensuite n'avaient jamais permis que nous nous rapprochions. Ron était parti avec Harry en formation d'auror et moi j'avais poursuivi mes études dans une autre école. Ron avait pris l'habitude de sortir avec un tas de filles et moi, j'avais rencontré quelques hommes. Bien sûr nous continuions à nous taquiner mutuellement à propos de nos différentes relations, les disputes, les petites crises de jalousie et même quelques flirts faisaient partis de notre vie quotidienne. Et puis j'avais rencontré Frank et tout avait changé. Parce que j'avais cru que ce nouveau fiancé était plus important que les autres, je m'étais éloigné de Ron. Et j'apprenais aujourd'hui qu'il en avait souffert. On me disait qu'il était partit parce que me sentant heureuse sans lui, il préférait s'éloigner.
Je balaye la pièce du regard, observant les visages de mes amis. Ginny se mord la lèvre, Harry se passe la main dans ses cheveux et Neville s'enfonce dans son fauteuil comme si il voulait disparaître. Un désagréable sentiment m'envahit. J'ai l'impression soudaine d'un immense gâchis, d'une énorme perte de temps...Alors comme ça, Ron et moi, ça aurait pu être possible ? Ou bien ai-je mal interpréter ce que Neville vient de dire ? Pourtant, vu la tête de mes amis, l'évidence me frappe : ils savaient. Ils savaient et pas un ne m'en a parlé !
Ca y est je m'énerve.
- Mais nom d'une citrouille, pourquoi personne ne m'a rien dit ?
- Calme-toi Hermione ! Supplie Ginny. Tu avais l'air tellement heureuse avec ton Frank qu'on ne voyait pas vraiment l'intérêt de t'en parler...
- Enfin Ginny ! Tu connais les sentiments que j'ai pour ton frère depuis des années mieux que quiconque non ?
- Nous pensions que tu étais passé à autre chose...Explique Harry. Ca avait l'air sérieux entre Frank et toi...
- Bien sûr que ça l'était ! Du moins c'est ce que je pensais...
- C'est aussi ce que nous nous sommes dit. C'est pour cela que Ron a décidé que...enfin qu'il ferait peut-être mieux de partir un moment...
- Mais si il m'avait parlé, si j'avais su...
Je suis incapable de finir ma phrase, je ne sais plus où j'en suis. Toutes mes certitudes s'effondrent.
- Quoi Hermione ? Me demande Ginny. Qu'est-ce qui se serait passé si tu avais su ?
- Je...J'en sais rien...Je dois lui parler !
J'attrape mon manteau et mon sac avant de me diriger vers la porte. Je dois rejoindre la gare au plus vite pour aller à sa rencontre.
- Qu'est-ce que tu vas lui dire? Me demande Harry alors que j'ai déjà franchi la porte.
- Je ne sais pas, j'improviserai !
Je n'ai jamais couru aussi vite. Les passants se retournent, étonnés de voir passer une jeune femme aussi pressée un dimanche matin. Mais je m'en fiche. Ils ne peuvent pas comprendre. Je cours vers celui que j'ai toujours aimé sans jamais vraiment oser me l'avouer. Celui qui m'a toujours fait plus frissonner que les autres. Et qui m'aime. Ces dernières années, j'avais enfoui mes sentiments pour lui bien profondément, dans un coin de mon c½ur, en dessous des souvenirs de toutes nos disputes et de tout les coups bas qu'il avait pu me faire pour être bien sûre de ne pas les retrouver trop facilement. Mais il avait suffit d'une maladresse de Neville pour qu'ils resurgissent. Il m'aime. Plus je m'approche de la gare, plus ces mots envahissent mon esprit. Je perds toute raison, il m'aime. Je pénètre dans King's Cross. Il m'aime. Son train se trouve voie 6. Il m'aime. Je réarrange mes cheveux tant bien que mal, ma course les a libérés de mon sage chignon. Je l'aperçois, descendant du train, il m'aime. Il porte un énorme sac, se retourne, et tend le bras pour attraper quelque chose. Une main s'accroche à la sienne et une jeune femme descend du train à son tour. C'est Luna Lovegood. Il lui sourit et dépose un doux baiser sur ses lèvres.
Il l'aime.
J'ai juste le temps de me cacher derrière un pilonne avant qu'ils passent près de moi et ne m'aperçoivent. Une grande fatigue m'envahit tandis que je cherche désespérément à ramasser les miettes de mon c½ur éparpillées sur ce foutu quai où je n'aurais jamais dû me rendre. Et puis, trop perturbée pour faire attention aux moldus qui m'entourent, je transplanne jusqu'à mon appartement.
